Claude Poissant
Directeur artistique

Crédit: Jean-François Brière

 

Art et éducation ont toujours eu des liens manifestes. Des relations. Amicales, diplomatiques, stratégiques. Incestueuses. Inconciliables et conciliantes. Leur toujours vive évolution et leur complémentarité absolue font se rencontrer ciel et terre. Leurs forces précises et distinctes donnent ensemble un sens à la nation. La part de l’une dans l’autre et de l’autre dans l’une ont toujours allumé la lanterne des polémistes, alimenté les débats d’idées. Entre art et éducation, les déchirements et les rapprochements sont essentiels à perpétuer ce mariage forcé. Cette liaison à la fois dangereuse et fidèle me rappelle toujours combien le Théâtre Denise-Pelletier porte bien ce double chapeau qui prend forme différemment à chaque saison. La saison 18-19 a comme toujours l’art comme raison d’être. Elle a la scène comme espace de fiction. Elle a le citoyen comme inspiration. Elle a l’adolescence toujours présente, une conscience, notre ADN. Et l’éducation qui, outrepassant son rôle allusif, se hisse dans la liste des sujets les plus sensibles de la programmation.
D’abord Rabelais (1494-1553). Car il ne faut pas oublier cet homme de la Renaissance, précurseur de la forme romanesque, provocateur inné, faiseur de langage, philosophe, et d’autres diront populiste, humoriste. Prouesses et épouvantables digestions du redouté Pantagruel surprend, sort de tout cadre. Gabriel Plante à l’écriture et Philippe Cyr à la mise en scène ont accepté de relire notre penseur d’il y a 500 ans. Pantagruel, le géant, sauce vingt et unième.
Depuis plus de cinquante ans, Michel Tremblay nous apprend tant sur nous-même. Absente des scènes montréalaises depuis 20 ans, sa pièce Bonjour, là, bonjour observe les espoirs et les désirs d’une époque où l’individu cherchait par-delà lui-même à prendre sa place, et ce, dans un Québec en quête de reconnaissance. Attachante, fatiqante, cruelle, la famille de Serge et Nicole nous trouble. Ce tragique portrait dessiné par Tremblay m’habite depuis sa création en 1974. Et pour combler ma joie, le comédien Gilles Renaud la rejoue 44 ans plus tard.
Cinéaste, écrivain, le Suédois Ingmar Bergman est un phare dans le XXe siècle. Quand Sophie Cadieux, invitée à faire une mise en scène au TDP, m’a proposé de célébrer cette œuvre sur l’enfance du maître, Fanny et Alexandre, en duo avec Félix-Antoine Boutin, j’y ai vu comme l’humble plaisir de l’apprentissage de la vie et de la foi en sa transmission. Cette histoire si belle est une sorte de jeu de vie et de mort, vu à travers les yeux d’un frère et d’une sœur qui absorbent la réalité comme si c’était du théâtre. 
Pour terminer la saison, la très reconnue, même si clandestine, Société des poètes disparus monte sur la scène. Ode à l’éducation et à l’art, pont entre la raison et l’émotion, activiste et messagère, l’œuvre prend d’assaut tous les espoirs. L’auteur Tom Schulman créait récemment une version scénique tirée de son propre scénario. Maryse Warda en signe une traduction québécoise, Sébastien David la met en scène et dirige Patrice Dubois en Monsieur Keating et, entre autres, sept jeunes acteurs qui font revivre à leur manière ce questionnement toujours avisé sur la cosmogonie des êtres et de leurs idéaux.
 
À la Salle Fred-Barry, notre souhait de confronter répertoire et création continue de se réaliser. On adapte Ibsen (Une maison de poupée), on s’inspire de Tchekhov (La Place rouge), on fait revivre Pauline Julien et Gérald Godin (Je cherche une maison qui vous ressemble) et on plonge dans l’œuvre du romancier Sylvain Trudel (Harmattan). Nous invitons les jeunes ados à une interaction romantique (Avant l’archipel) et les plus vieux à une fugue envers et contre l’amour (Temps zéro). Le Théâtre Bouches Décousues et le Théâtre Pupulus Mordicus creusent ensemble une grotte métaphorique (Lascaux). Une jeune compagnie propose à la comédienne Muriel Dutil d’unir une famille impossible (Les Coleman-Millaire-FortinCampbell). Puis, Didier Lucien et le Théâtre 
 Le Clou tentent l’expérience de l’écriture du rêve (Le Scriptarium 2019). Et pour ajouter à l’insulte, deux professeurs-comédiens belges épèleront autrement le mot orthographe (La Convivialité). 

Claude Poissant, directeur artistique

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