Claude Poissant
Directeur artistique

Crédit: Jean-François Brière

Retour de promenade. L’automne parle à l’été. Là où la Matapédia et la Restigouche se rencontrent, lorsque la Baie des chaleurs disparaît derrière moi, j’énumère dans ma tête aérée les spectacles - Doggy dans Gravel, Les Bâtisseurs d’empire, La Femme la plus dangereuse du Québec, Antioche, L’Iliade, Les Aventures de Lagardère - qui font l’automne du TDP. Je cherche leurs affluents. Je cherche un thème, une obsession. Une quête commune à leurs auteurs. Ou un geste. Qui les porte. Qui les mène à celui d’écrire. À ces auteurs, la poésie est immanente. Manifeste. C’est la première idée qui me vient. Tant de poètes sont au rendez-vous.

Puis le temps rompu vient à mon esprit. Boris Vian meurt à 39 ans, Josée Yvon à 43 ans. Encore plus jeunes, sans doute les guerriers de L’Iliade. Quant à Homère, son créateur, nous ne savons même pas s’il a réellement existé ou s’il est une identité fabriquée. Voilà donc que le thème de l’identité nous rattrape encore. C’est le coeur du monde qui bat, de voyage en migration, à la recherche de quelque chose de meilleur, conquête infinie. 

En entrant au coeur de la vallée, entre deux rochers, en approchant Causapscal, j’imagine un lieu, une ville pour les rassembler tous. Auteurs, personnages, entités réelles ou abstraites. Sarah Berthiaume parle d’Antioche, ville turque frontalière avec la Syrie. Homère rétorque par sa passion pour la ville de Troie en Asie. Lagardère se déguise en bossu pour épier, un peu passé Rigaud, l’après-bal à Saint- Polycarpe d’Olivier Arteau. Les personnages de Vian, eux, quittent Paris pour le Centre-Sud des poètes montréalais.

Puis, en longeant la vallée, sous un ciel orageux, les pièces s’arriment les unes aux autres, comme leurs sujets. Le Schmürz de Boris Vian, l’Achille de L’Iliade, la Jade d’Antioche, le jeune et bouillant Lagardère, Josée Yvon dite la femme la plus dangereuse du Québec et les scouts de Doggy dans Gravel, tous ces personnages regardent derrière puis devant, puis derrière, puis encore devant eux, pour ne pas perdre de vue leurs racines. L’espoir.

Le nectar qui coule du rêve.

Se rappeler.

La mémoire, y tenir.

Pour exister mieux.

Savoir d’où l’on vient et où l’on vit.

Petit arrêt. La pluie est dans le rétroviseur et devant, c’est bleu, vert et orange. L’été me dit d’aller vers l’automne. Frémissant.

Ce Cahier d’automne, c’est celui, inspiré, du metteur en scène et comédien Louis-Karl Tremblay. Il rencontre Marc Beaupré à propos de L’Iliade. Il invite Stéphanie Cardi à raconter Homère de A à Z, l’auteur Simon Boudreault à réfléchir sur le dilemme du guerrier et le champion orateur Carl Bessette à nous éclairer sur le slam et la poésie.

Puis il réunit Marika Lhoumeau qui raconte Vian, Marc-Antoine Cyr qui le fait revivre à Montmartre et Geneviève Billette qui lui envoie une missive. Sasha Samar, comédien d’origine ukrainienne, qui joue le Schmürz, répond à trois questions.

Pour nous éclairer sur la poétesse Josée Yvon, notre commissaire nous fait l’honneur des textes des écrivaines Yolande Villemaire et Carole David.

L’auteure aguerrie Isabelle Hubert rencontre le jeune metteur en scène et auteur Olivier Arteau. Le chroniqueur, cascadeur et écrivain Jean-Philippe Baril Guérard décrit le code de vie du millénial.

En lien avec Les Aventures de Lagardère, Maxime Desjardins retrace un peu de l’histoire du roman de cape et d’épée et Louis-Karl nous dresse une liste de bossus célèbres. 

Pour Antioche, le directeur exécutif de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire, François Audet, nous trace un portrait de la Syrie actuelle et la militante Djemila Benhabib écrit à une jeune fille qui voudrait retourner chez elle. Et qui plus est, on peut lire dans ce Cahier la liste d’injustices que nous offrent quelques étudiantes de l’école secondaire André-Laurendeau de Saint-Hubert, où jadis, oui oui, j’enseignais l’expression dramatique.

Se rappeler.
Le fleuve apparaît devant moi. Je le longe tranquillement.
Jusque dans Hochelaga.
Pour apprendre.
Plein plein de choses.

Bonne lecture. Bons spectacles.

Claude Poissant, directeur artistique

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