Claude Poissant
Directeur artistique

Crédit: Jean-François Brière

Si notre profil génétique ne s’efface pas, le temps, lui, nous fait, nous forme et nous transforme. Parmi ces évènements qui nous façonnent et dont on ne se doute pas toujours qu’ils nous habiteront longtemps, outre les épreuves ou les petits détails de la vie qui s’immiscent subrepticement en nous, il y a aussi, oui, l’art. Il y a ces moments où la métamorphose du réel par des artistes s’imprime en nous, parfois même à notre insu. Une chanson, une peinture, un poème, une séquence de film, une scène de théâtre peut s’installer en nous, nous choisir.

Automne. Quand j’ai vu, adolescent, Les Bâtisseurs d’empire ou le Schmürz, comment pouvais-je me douter que cette œuvre de Vian, dont je ne connaissais alors que La Java des bombes atomiques, j’allais la programmer en début de saison 17-18 et en offrir la mise en scène à Michel-Maxime Legault. À la fois monstre et souffre-douleur, le Schmürz, ouvre la saison et vient nous hanter avec son secret qu’il porte en lui jusqu’à la nuit des temps.

Novembre. Marc Beaupré est de ceux pour qui le répertoire est un vaste ciel dans lequel il trace sa ligne d’horizon. Et il nous y guide. En choisissant L’Iliadedu poète Homère et en invitant son complice Stéfan Boucher et une équipe de scandeurs-acteurs et guerriers de la scène, Beaupré nous propose une vision sans armes de ce récit de guerre et d’appréhension. Suivre la compagnie Terre des Hommes dans cette épopée, c’est prendre le pouls de l’instant.

Hiver. Quand je demande à Fanny Britt quelle œuvre de répertoire l’habite encore, elle me cite vite Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Mais pour l’auteure, il ne s’agit pas d’adapter l’œuvre pour la scène mais bien de créer une pièce qui se passe à Montréal en 2018 et dont les héroïnes sont aussi passionnées qu’elle-même le fut par ce roman de l’époque victorienne. Et 170 ans plus tard, les paroles sans filtre et les doutes qui s’ensuivent font naître une création québécoise, Hurlevents.

Quand fond la neige. Pour ceux qui n’ont pu le voir ou ceux qui voudraient le revoir, nous reprenons L’orangeraie, cette fable d’enfance et de guerre de Larry Tremblay, adaptée de son roman qui lui, vit heureux dans d’innombrables bibliothèques de notre planète.

Printemps. Tous les sentiments d’amour et de liberté, si puissants dans les jours de jeunesse, sont conjugués dans la pièce la plus sylvestre de Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été. Au grand William, s’associe cette fois un combustible duo, Steve Gagnon et Frédéric Bélanger. Avec la compagnie Advienne que pourra, ils font se croiser théâtre au temps présent et cinéma d’antan pour cette œuvre de conquêtes, de noces, et de lutin qui s’est ancrée en nos veines, quelle que soit la version lue, vue ou jamais même encore imaginée.

Et d’août à mai. À la Salle Fred-Barry, il y a d’autres traces laissées, celles de La Femme la plus dangereuse du Québec, la poétesse Josée Yvon, celles des pensionnats pour les autochtones avec Là où le sang se mêle. Il y a aussi celles que laissent la radicalisation : c’est Antioche que présente le Théâtre Bluff, en résidence chez nous.

Il y a deux fables très drôles sur l’adolescence, la scout et non-censurée Doggy dans Gravel, la fanatique et héroïque Philadelphia High School.

Puis deux cités imaginaires émergent : celle de HROSES : Outrage à la raison où s’engage un échange bilingue entre deux solitudes, et celle de Minuit, cette jeune fille qui avec sa grand-mère se bat contre la soumission.

Et alors qu’on se redéguise en bossu pour une reprise des Aventures de Lagardère juste avant les Fêtes, Le Théâtre le Clou, lui, clôt la saison avec sa nouvelle expérience entièrement écrite par les étudiants, Le Scriptarium 2018.

Passez donc par ici. Et entrez en vous-même.

Claude Poissant, directeur artistique

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